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Mais qu’est-ce que tu nous chante là ? Il pleut, il pleut, bergère

Aujourd’hui, nous allons de nouveau nous en prendre à une bergère !

 

Nous avions abandonné la précédente entre les mains d’un ecclésiastique libidineux, voyons maintenant ce qu’il en est de celle ci.
Et pour ça enfiler vos K-way (à défaut d’enfiler la bergère) car il ne fait pas bien beau de part chez elle…

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« Il pleut, il pleut bergère
Rentre tes blancs moutons
Allons sous ma chaumière
Bergère, vite allons
J’entends sous le feuillage
L’eau qui tombe à grand bruit.
Voici, venir l’orage,
Voici l’éclair qui luit.

Entends-tu le tonnerre ?
Il roule en approchant.
Prends un abri bergère,
A ma droite en marchant.
Je vois notre cabane.
Et tiens voici venir
Ma mère et ma sœur Anne
Qui vont l’étable ouvrir.

Bonsoir, bonsoir ma mère
Ma sœur Anne bonsoir
J’amène ma bergère
Près de nous pour ce soir
Va te sécher, ma mie
Auprès de nos tisons
Sœur, fais lui compagnie
Entrez petits moutons.

Soignons bien, oh ma mère,
Son tant joli troupeau
Donnez plus de litière
A son petit agneau
C’est fait allons près d’elle
Eh bien donc te voilà
En corset qu’elle est belle
Ma mère voyez là.

Soupons, prends cette chaise
Tu seras près de moi
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi
Goûte de ce laitage
Mais tu ne manges pas ?
Tu te sens de l’orage,
Il a lassé tes pas.

Eh bien voilà ta couche,
Dors-y bien jusqu’au jour,
Laisse moi sur ta bouche
Prendre un baiser d’amour
Ne rougis pas bergère,
Ma mère et moi demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main. »

Cette chanson, tirée d’une opérette peu connue aujourd’hui, « Laure et Pétrarque » fut écrite en 1780 par Fabre d’Eglantine, poète et révolutionnaire.
Il est rare de connaitre l’auteur des comptines que nous vous présentons, mais cela nous aidera d’autant plus à comprendre le sens latent de ce texte.
Le texte que nous connaissons est également un texte modifié et agrandit, qui le détourne de sa signification première.
Mais n’ayez crainte on vous explique tout ça.

Originellement, ces paroles visaient Marie-Antoinette (la reine, oui)

franz-winterhalter-92250_960_720Marie-Antoinette n’a jamais été aimée des Français qui l’appelaient « l’Autrichienne » ou « madame déficit ».  Elle-même ne s’est pas, pendant longtemps, rendu compte de son impopularité (comme beaucoup de nos dirigeants vous me direz…)
La « bergère » était un surnom moqueur donné à la reine.
Cette dernière avait fait construire un Hameau à Trianon. Ce domaine comportait une ferme et douze chaumières.
La reine l’avait commandé pour s’éloigner des pesanteurs de Versaille.

 

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Les gens se moquèrent d’elle, considérant qu’elle « jouait à la bergère ». En réalité, le hameau de Marie-Antoinette, qui était une véritable exploitation, avait pour but de célébrer la culture agricole de la France. La souveraine pensait également que la ferme permettrait à ses enfants de faire l’expérience de la vie à la campagne sans quitter Versailles.
A la ferme, Marie-Antoinette s’habillait simplement. Cela lui valait les critiques acerbes des courtisans et du peuple, voyant cela comme décadent et frivole.

Si l’on analyse les paroles de la chanson, on peut interpréter les phrases « Voici venir l’orage, voici l’éclair qui luit. Entends-tu le tonnerre ? Il roule en approchant. » comme une allusion aux troubles pré-révolutionnaires (rappelez vous que l’auteur était justement révolutionnaire). Ici le bruit du tonnerre est la grogne du peuple qui monte.

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Il pleut bergère est donc initialement un chant de menace à demi mot.
Rien que ça !

La petite histoire voudrait que la chanson ait été chantée au lendemain de la prise de la Bastille, lors de la création de la Garde Nationale. Et son auteur, Fabre d’Eglantine, l’aurait fredonnée en montant lui-même sur l’échafaud en 1794.  La chanson a d’abord été connue sous le titre « Le Retour aux Champs » et certains la connaissent encore avec  comme titre « L’Orage ».

Bon et la suite ?
Car plus tard ce chant fût repris et arranger pour y apporter une histoire d’amour.
Bon vous savez que nous l’amour on se le cale dans le fondement, ce qui nous plaît c’est le grivois.
Vous le voyez le sous entendu dans l’histoire d’amour ?

« Eh bien donc te voilà
En corset qu’elle est belle
Ma mère voyez là. »

Bon déjà il la fout carrément en sous vêtement ! Et devant sa mère qui plus est !

Reprenons l’avant dernier couplet

« Tu seras près de moi
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi
Goûte de ce laitage
Mais tu ne manges pas ? »

Ce flambeau de mélèze, on est d’accord, c’est bien sa zikette !
Et ce laitage alors ?
Et ouai…

« Laisse moi sur ta bouche
Prendre un baiser d’amour
Ne rougis pas bergère, »

Il le dit lui même, il lui prend un baiser, donc contre son grès.

Bon, finalement ces menaces lui ont fait perdre la tête à notre bergère…
Mais j’espère que ces révélations ne vous feront pas trop tourner la votre.

Alors, on leurs chante quoi aux mioches ce soir ?

Un commentaire sur “Mais qu’est-ce que tu nous chante là ? Il pleut, il pleut, bergère

  1. Hé bien. Oui maintenant des que j’envisage une comptine pour mon minus 2 fois sur 3 elle a été décortiqué par daddy… les chansons de Disney c’est bien aussi ! Merci pour ce chouette blog

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