grippe

Le canard aux œufs d’or

Comme nous pouvons le ressentir depuis quelques jours, l’automne est bel et bien là.

Les journées raccourcissent, les nez des enfants rougissent, la morve coule à flot, l’anarchie règne sur les parkings des écoles…

Bref nous ne pouvons échapper à cette inexorable évidence : Winter is coming dans pas très longtemps.presentoir-oscillococcinum-vignette_36_fr

Et invariablement l’hiver nous apporte, outre son lot de décoration lumineuse et ses germes, la plus malsaine des pub de pharmacie.

C’est l’une des médications les plus vendues en France, et le best-seller de l’homéopathie mondiale : chaque hiver, à grands renforts de spots et d’affichage publicitaire, le célèbre Oscillococcinum® rapporte un pactole immense à la firme qui le commercialise.

Et je vais vous expliquer la vrai nature de ce produit.

En 1918, un certain Joseph Roy, médecin de son état, observe au microscope le sang des malades de l’épidémie de grippe espagnole et y découvre un nouveau micro-organisme.

Selon lui, la bestiole présente d’étonnantes propriétés vibratoires, et il la nomme aussitôt « oscillo »-coque.

Il s’agit vraisemblablement d’un des plus grands exploits de la biologie car, depuis, elle a réussi à se dérober à plusieurs générations de biologistes. De toutes façons c’est bien connu, en science, les preuves c’est pour les esprits chagrins.

Les années suivantes, Roy observera l’oscillocoque dans de très nombreuses pathologies : cancers, syphilis, tuberculose, oreillons, varicelle, rougeole, herpès, etc…

En gros il arrivera à l’observer partout ! Y compris dans l’eau croupi d’un vieux puits.

Voulant se servir de sa découverte pour élaborer un médicament, Roy se tourne vers l’homéopathie.

L’homéopathie est essentiellement fondée sur la notion farfelue dite de « similitude », qui prétend combattre le mal par le mal. En gros, « ce qui te fait du tort peut te soigner ». Et l’oscillocoque étant présent dans bon nombre de maladie, faire un traitement avec protégerais de ces maladies.

On est d’accord que nous avons là un des raccourcis les plus rapide de l’histoire.

Mais si on trouve l’oscillocoque partout, où vaut-il mieux le prélever pour fabriquer ce médicament ?

Sans aucune explication, Roy décide de concevoir son traitement à partir de coeur et de foie de canard de Barbarie (mais puisqu’on vous dis qu’il y en a partout !).

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Or on a jamais vu et on imagine mal qu’avaler du foie de canard donne la grippe ou le rhume… D’où vient alors cette assertion qu’une minuscule dose de celui-ci soignerait un mal qu’il ne provoque pas en grande quantité, en contradiction totale avec le principe de base homéopathique ? En fait, d’absolument nulle part.
C’est à dire que l’homéopathie la plus vendue au monde n’est par définition même pas homéopathique. Normal. Tout va bien.

En revanche, l’Oscillococcinum® respecte très bien l’autre pierre de touche de la théorie homéopathique, l’infinitésimalité, soit le fait de soigner grâce à une dose infime.
Jugez du zèle : si la plupart des traitements homéopathiques sont dilués en moyenne de 7 à 12 CH, la superstar de Boiron®, elle, est obtenu grâce à la filtration d’un foie de canard pourri… diluée à la puissance 200 K.

Et là en toute logique vous vous demandez à quoi correspond ce 200 K.

Il s’agit ici du nombre de fois qu’à été effectué une dilution korsakovienne.

Mais qu’est-ce qu’une dilution korsakovienne ?

Pour vous représenter cela je vais vous expliquer comment vous faire un sirop de grenadine à 200 K :

  • Prenez 1 dose de grenadine pour 99 doses d’eau. Pour une bouteille d’un litre donc, mettez 1cl de grenadine dans 99cl d’eau.
  • Agitez tout ça 100 fois (ne chipotez pas, c’est la procédure)

Vous avez dans votre bouteille une grenadine 1K.

Déjà vous vous doutez que cette solution a peu de gout, à part celui de l’eau.

  • Maintenant videz votre bouteille dans l’évier. Oui comme ça, vous la videz juste.
  • Normalement il restera des gouttes de votre premier mélange sur les parois de la bouteille.
  • Remplissez de nouveau la bouteille avec de l’eau, et agitez encore 100 fois.

Oui vous venez bien de diluer des restes de gouttes d’un truc déjà vachement dilué.

Vous avez maintenant une grenadine 2K.

  • On recommence encore, on la vide, on remplit, on agite 100 fois… Grenadine 3k.
  • Vous avez compris ? On vide, remplit, agite… Grenadine 4K.
  • On remet un petit coup ! Vide, Remplit, Agite… Grenadine 5K.

Et on recommence, encore et encore, on dilue les gouttes qui restent aux parois, inlassablement, dix fois, cinquante fois, cent fois…

Jusqu’au fameux 200K !

En résumé, l’opération équivaut à rincer deux cents fois un récipient dans lequel on a initialement versé la préparation.
Ne cherchez même pas à vous représenter ce que signifie une telle dilution, vous n’êtes pas cérébralement équipé pour un truc aussi prodigieusement faramineux. Une aspirine brassée dans une piscine de la taille du système solaire, c’est encore un milliard de fois plus concentré que ça.

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Oui vous pouvez vous pincer : Les labos Boiron® diluent à mort quelque chose qui n’existe pas.

Diluer du rien, paradoxalement ça donne du rien hyper-concentré. Du rien de rien.

On peut calculer qu’un tube contient moins de 1×10-400 gramme issu du canard, soit beaucoup moins qu’un seul atome. On considère donc que la préparation finale ne contient plus de trace de la solution de départ.

Petit exercice de pensée. Admettons, aux prix de concessions qui vous coûteront vos yeux et ceux de tous vos descendants pendant 75 générations, que :
– 1) le micro-organisme existe, quelque part entre le Yéti et le monstre du Loch Ness, mais il existe,
– 2) l’extrême dilution ne le renvoie pas instantanément dans le néant d’où il est sorti,
– 3) l’eau en conserve les propriétés en violant toutes les lois physiques plus vite qu’en voyageant dans le bus d’Emile Louis.

Admettons.

Cependant, comment l’eau est-elle au courant que ce sont les propriétés des molécules de l’oscillocoque qu’elle doit « transmettre », et pas d’une autre parmi l’immense variété de molécule disponible dans un foie de canard ?
Attention braves gens ! Il y en a déjà qui y ont réfléchi très très fort, et ils n’ont réussi qu’à saigner du nez.

De toute façon, arrivé à ce stade, plus aucune contradiction ne peut plus altérer la crédibilité de quoi que ce soit. Si tant est qu’il n’y en ait jamais eu le moindre gramme dans cette histoire, il a été dilué depuis bien longtemps !

3 commentaires sur “Le canard aux œufs d’or

  1. Si si, allez, une petite contradiction supplémentaire… les granules sont séchées. Pfuit plus d’eau, sinon elles colleraient dans le fond du tube. Alors même si l’eau savait transmettre les bonnes propriétés de rien du tout, il y a encore plus rien du tout puisque l’eau elle même n’est plus dans les granules. Trop fort Boiron !

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