Mais qu’est-ce que tu nous chantes là ? Il était un petit navire

« Mais qu’est-ce que tu nous chantes là ? »

Il y a quelque mois sur la page Facebook, et avec l’aide du papa de Journal de guerre d’un père qui galère, nous vous décortiquions chaque semaine une comptine populaire afin de vous révéler les origines sordides se tramant derrière le texte candide que vous chantonnez à vos marmots.

La cadence que nous nous étions imposé d’une comptine par semaine ne nous a pas forcement permis de développer et finaliser ces articles comme nous l’aurions voulu.

Et alors que ces articles sont en train de se perdre dans les abîmes de facebook, j’ai décidé de vous les recompiler et reproposer sous une version légèrement retravaillée.

Il est vrai que ces décryptage de comptine ne sont pas rare sur internet mais nous ne nous contenterons pas de quelques lignes sur chaque comptine.

Vous verrez que nous nous somme un petit peu plus creuser la tête !

Il était un petit navire

Aujourd’hui, c’est le petit navire qu’on coule.
Pourquoi cette comptine, parmi tant d’autres ?
Et bien vous allez voir que, comme souvent, vous ne connaissez même pas la fin de la comptine. Et elle n’est pas joli joli.

Quoi ? Que dite vous ? Vous la connaissez en entier ? Oh mais décidément vous êtes d’un prévisible !
En effet cette comptine est celle qui est le plus souvent connue entièrement. Il n’est pas rare d’entendre une mère s’horrifier des propos tenus dans cette comptine. Mais comme on vous le dis souvent, le sens caché est souvent bien pire…
Alors voici les paroles au grand complet. Prenez le temps de bien les lire on en parle après.

1.
Il était un petit navire (bis)
Qui n’avait ja- ja- jamais navigué (bis)maxresdefault
Ohé ! Ohé !
Refrain
Ohé ! Ohé ! Matelot, Matelot navigue sur les flots
Ohé ! Ohé ! Matelot, Matelot navigue sur les flots
2.
Il partit pour un long voyage (bis)
Sur la mer Mé- Mé- Méditerranée (bis)
Ohé ! Ohé !
Au refrain
3.
Au bout de cinq à six semaines,
Les vivres vin- vin- vinrent à manquer
Ohé ! Ohé !
Au refrain
4.
On tira à la courte paille,
Pour savoir qui, qui, qui serait mangé,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
5.
Le sort tomba sur le plus jeune,
Le mousse qui, qui, qui s’mit à pleurer
Ohé ! Ohé !
Au refrain
6.
On cherche alors à quelle sauce,
Le pauvre enfant, -fant, -fant sera mangé,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
7.
L’un voulait qu’on le mît à frire,
L’autre voulait, -lait, -lait le fricasser,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
8.
Pendant qu’ainsi l’on délibère,
Il monte en haut, haut, haut du grand hunier
Ohé ! Ohé !
Au refrain
9.
Il fait au ciel une prière
Interrogeant, -geant, -geant l’immensité,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
10.
Mais regardant la mer entière,
Il vit des flots, flots, flots de tous côtés,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
11.
Ô Sainte Vierge, ô ma patronne,
Cria le pau- pau- pauvre infortuné,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
12.
Si j’ai péché, vite pardonne,
Je ne veux pas, pas, pas être mangé,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
13.
Au même instant un grand miracle,
Pour l’enfant fut, fut, fut réalisé,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
14.
Des p’tits poissons, dans le navire,
Sautèrent par, par, par plusieurs milliers,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
15.
On les prit, on les mit à frire,
Le jeune mou- mou- mousse fut sauvé,
Ohé ! Ohé !
Au refrain
16.
Si cette histoire vous amuse,
Nous allons la, la, la recommencer,
Ohé ! Ohé !
Au refrain

Je laisse le temps à celles et ceux qui ignoraient les paroles de reprendre leur souffle.
Que d’émotion !

Alors comme vous le voyez, il est directement question de cannibalisme. On manque de vivres, alors hop hop hop, on en bouffe un.
Dans une autre version (que je ne trouve pas, désolé, mais dont on murmure l’existence) il paraîtrait même qu’il y passe.
Mais bon, si on oubli le cannibalisme (si si allez on oubli), il n’y a pas autre chose qui vous choque ?
Allez… cherchez bien…

Non rien ?
Bon moi je vais vous dire ce qui chagrine papa ours.
Pour moi, les mots choisies on tous une importance et une histoire (l’orthographe c’est autre chose). Et ce que je vois là ce n’est pas une banale histoire de bateau. Parce que oui, j’ai creusé moi ma bonne dame.
Alors ce qui suit est une interprétation personnel à laquelle j’ai abouti après de nombreuses recherches documentées.
Parce que moi je suis choqué par quelque chose dès les premières lignes..

Tentons d’abord de situer le contexte historique. Car un navire du IIème siècle et un du XVIIIème ça n’a pas la même trogne ni même les même capacités.
Donc que sait on de ce navire ? Et bien, au couplet 8, notre mousse monte en haut du grand hunier.

Et pour info, un grand hunier c’est ça : voicar

Et ce mot, Hunier, apparaît pour la première fois en 1557. Donc ce navire ne peut pas être antérieur à cette date.
Et il ne s’agit pas non plus d’un si petit navire que ça. Qui dit « grand hunier » dit navire imposant qui a de la gueule.

 

Jusque là ça va ?
Bien.
Alors pour rappel, le premier voyage de Christophe Colomb vers les Amériques débute en 1492. Donc notre comptine ce situe plus de 60 ans après. Cela peut grosso modo nous donner des indices sur les capacités potentielles du navire.
Vous voyez où on en vient ?
Toujours pas ?

Bon pour revenir à Christophe Colomb, il part d’Espagne le 03 Août 1492. Puis va faire une escale d’un mois aux Canaries puis ralliera les Antilles le 12 octobre de la même année.
Et là vous voyez ?
En effet, si l’on retire sa pause sur les îles Canaries pour se faire dorer la couenne, il a mit 4 à 5 semaines pour traverser l’atlantique !
Or notre petit navire est en pleine méditerranée (maintenant suivez bien mes instructions : Regardez la méditerranée. Regardez l’atlantique. Re regardez la méditerranée… Bordel !)

 

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Mais que peut il bien foutre en pleine méditerranée pendant ces 4 à 6 semaines ?
Il aurait largement eu le temps, en partant de n’importe quel port, de rejoindre n’importe quel autre port.
Alors pourquoi ne rallie t’il pas une destination précise ? Et pourquoi ne va-t-il pas se ravitailler ?
A part Ulysse personnes ne passe autant de temps sur cette mer !

Alors pour expliquer cela plusieurs pistes s’ouvrent à nous.

Première possibilité : ce sont des pêcheurs.

Mais si c’est le cas ce sont de très mauvais pêcheurs puisqu’ils n’arrivent même pas à pêcher de quoi manger.
Donc oublions les pêcheurs.

Seconde possibilité : Comme Ulysse, ils sont paumé.

Mais pour rappel Ulysse va d’île en île et passe beaucoup de temps sur la terre ferme (Cyclope, Circé, Calypso, etc…)

Donc notre navire aurait pu accoster n’importe où pour au moins se ravitailler.

A moins que…

Dernière possibilité :

Qui c’est qui passe des semaines en mer sans tenter de rejoindre une destination et pour qui il est risqué de faire des escales dans des ports ?

Et oui ! DES PIRATES !!!

De sanguinaires corsaires attendant de croiser un riche galion afin de passer par le fil de leurs épées ses riches occupants.

Ça vous la coupe !
Et du coup le cannibalisme ça a l’air vachement moins étonnant vous trouvez pas ?

Les pirates officiant à cette époque sur la mer méditerranée venaient des pays arabes qui bordaient cette mer. Donc pourquoi l’un d’eux implore la vierge Marie ?

Et bien pour votre gouverne, ces pirates (que l’on appelait les barbaresques) utilisaient comme esclaves des Chrétiens.

On résume ?

Alors notre petit navire est en fait un bateau pirate qui, ne pouvant faire escale dans un port se voit contraint de sacrifier un de ses esclaves pour nourrir l’équipage. Vu comme ça c’est tout de même moins choquant qu’à la première lecture vous ne trouvez pas ? Quoi que…
Bon du coup on leur chante quoi aux marmots ce soir ?

5 commentaires sur “Mais qu’est-ce que tu nous chantes là ? Il était un petit navire

  1. Bonjour,
    Méga merci pour cette analyse. J’avais du expliquer à ma fille de 3 ans que oui les marins voulaient bien manger le petit mousse (la tête qu’elle fait!!!) ; j’ai pu heureusement lui confirmer que non non ils ne l’ont finalement pas mangé ouf.
    Au fait à priori si les poissons se jettent dans le navire c’est qu’il s’agit certainement de poissons volants, donc question pour vous car je n’ai pas fait autant de recherches: c’est ok les poissons volants en Méditerranée? Je suis pas très bonne en faune marine.
    En tout cas merci encore pour cet article

  2. Bonjour,

    après avoir lu votre article sur la petite bergère je suis venue lire celui ci, alors déjà je ne connaissais pas le texte en entier et ensuite je ne sais plus quoi chanter à mes fils maintenant!!!!
    J’attends impatiemment le suivant!
    Merci c’est très intéressant!

  3. Excellent!
    Perso j’ai été traumatisée par la chanson « Maman les p’tits bateaux » quand j’étais petite parce que je ne comprenais pas les paroles. Comment est-ce possible que les bateaux aient des jambes putain? Ils ne marchent pas les bateaux, quoi qu’on en dise.
    Donc je déteste cette chanson, et je me suis jurée de ne jamais la chanter à mes enfants, et bien évidemment ma mari trouve ça hilarant de la chanter tout le temps. Donc mes enfants (3.5 ans et 2 ans) n’ont que cette chanson à la bouche et ça me crispe parce qu’elle ne veut rien dire. Il n’y a même pas d’histoire sordide derrière. A moins que si?
    Si tu peux me la décrypter, je te serai ultra reconnaissante!

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